Chirurgie esthétique : « Il n'est pas rare qu'on doive amputer une aile du nez »… L'inquiétude grandit autour des injections clandestines de botox – 20 Minutes

Société « Certaines sont défigurées »… Alerte sur les injections illégales de botox
BOTOX Le Sirasco (service de renseignement et d’analyse sur la criminalité organisée) a lancé une alerte fin novembre face à la recrudescence des affaires d’injections illégales de botox et autres produits « de comblement »
Tout a commencé par un banal contrôle routier, ce mardi 4 janvier. Celui d’une jeune femme aperçue en train de conduire dans le 15e arrondissement de Paris, le téléphone portable collé à l’oreille. L’affaire, révélée par  France Inter et confirmée à 20 Minutes, se serait soldée par une simple amende et un retrait de points si, en s’approchant, les  policiers n’avaient pas aperçu, sur la banquette arrière, plusieurs boîtes de seringues et des billets de banque. Près de 5.000 euros, dont la conductrice, âgée de 21 ans, peine à justifier la provenance. Rapidement, les  investigations mènent vers un appartement transformé en cabinet clandestin. A l’intérieur, une table de massage et des boîtes d’acide hyaluronique, un produit qui permet de  « repulper » les lèvres, combler les rides…
Au fil de leurs investigations, les enquêteurs identifient un compte Instagram qu’ils attribuent à la conductrice imprudente. Sur la page, différentes opérations esthétiques sont proposées à prix cassés. On peut, par exemple, pour 170 euros, se faire injecter de l’acide hyaluronique autour des lèvres, contre environ 300 à 400 euros chez un médecin. La jeune femme a été mise en examen vendredi, notamment pour exercice illégal de la médecine, travail dissimulé et trafic de substance considéré comme psychotrope. Le parquet de Paris a également ouvert une information judiciaire. « Il y a de nombreuses zones d’ombre dans ce dossier : quels produits ont été injectés, d’où proviennent-ils, combien y a-t-il eu de « patients » ? », énumère une source proche du dossier.
Dans les bureaux du Sirasco, le service de renseignement et d’analyse sur la criminalité organisée de la police judiciaire, l’affaire n’a surpris personne. « Disons qu’elle illustre un phénomène auquel nous sommes de plus en plus fréquemment confrontés, assure le commissaire divisionnaire William Hippert, à sa tête. On avait quelques dossiers de ce type depuis 2016 mais à partir de 2020, ça s’est vraiment accéléré. » Un phénomène porté, selon lui, par les réseaux sociaux et les modes vantées par certaines stars ou influenceuses, à l’instar des « Russian lips », ces lèvres gonflées à l’extrême.
Pas besoin de recherches très poussées pour trouver, sur Instagram ou Snapchat, des dizaines de comptes proposant ce type d’opération. Les rendez-vous se prennent en DM (message privé) et les prix sont souvent moitié moins chers que chez un professionnel. Quant à celles qui pratiquent ces opérations – car il s’agit généralement de jeunes femmes – elles n’ont bien souvent aucune formation médicale. La législation, pourtant, est très stricte : les injections de botox, acide hyaluronique ou tout autre produit « de comblement » sont réservés chirurgiens esthétiques, aux dermatologues et, sous certaines conditions, aux dentistes.
Si le phénomène est encore difficilement quantifiable, le Sirasco a émis au mois de novembre une note à l’intention des différents services pour les alerter sur ces pratiques qui touchent désormais toutes les grandes villes. A Marseille, par exemple, fin septembre, c’est une petite « clinique » clandestine – en fait un appartement équipé de plusieurs box – au cœur du 6e arrondissement, qui a été mis à jour. Comme à Paris, l’affaire a débuté un peu par hasard : deux ressortissantes russes ont porté plainte après avoir été victimes d’un vol à main armée et s’être fait voler 5.000 euros en liquide. Intrigués par la somme dérobée, les enquêteurs ont poursuivi les investigations. Lors d’une perquisition, ils ont découvert plusieurs dizaines flacons de botox et d’acide hyaluronique. Selon les premiers éléments de l’enquête, ces jeunes femmes s’étaient installées récemment dans la cité phocéenne après avoir « exercé » dans différentes villes de France et d’Europe.
Combien y a-t-il de victimes de ces injections illégales ? « C’est très difficile à quantifier, reconnaît William Hippert. Dans ces affaires, il n’y a, bien évidemment, pas de listings de patients, tout se fait par le bouche-à-oreille, le paiement est en liquide. » Difficile également de retracer l’origine des produits, souvent commandés sur Internet. S’agit-il de contrefaçon ? Le produit injecté est-il adapté à la zone traitée ? Même du vrai botox mal injecté peut avoir des conséquences dramatiques. Dans son cabinet, le Dr Catherine Bergeret-Galley, secrétaire générale du Syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice ou esthétique estime voir environ deux femmes par semaine qui souffrent de séquelles à la suite d’injections clandestines.
Toutes ou presque racontent la même histoire, s’être laissée tenter par les effets « miracles » d’une injection vantée par les réseaux sociaux, une amie ou même leur esthéticienne. « Vous n’imaginez pas le nombre de femmes qui me racontent être allées se faire épiler et à qui on a proposé, au cours de la séance, une injection de botox », insiste la praticienne. La plupart des victimes sont jeunes, environ 25 ans, et certaines garderont de lourdes séquelles.
« Certaines sont défigurées parce qu’un produit mal injecté ou mal choisi peut entraîner des nécroses ou des embolies. » Inoculé dans un vaisseau par exemple, le produit bloque l’irrigation de la zone concernée, la peau noircit et meurt. « Il n’est pas rare qu’on doive amputer une aile du nez ou une lèvre inférieure à cause d’une nécrose », insiste le Dr Catherine Bergeret-Galley. Dans certains cas extrêmes, après des injections au niveau du nez ou autour des yeux, les patientes perdent la vue car le produit migre dans l’artère centrale de la rétine. En France, aucun décès n’a été attribué à ce type de pratique mais des études internationales font état de plusieurs morts, notamment liées à des septicémies ou des gangrènes.
Face à ces conséquences parfois dramatiques, les médecins sont de plus en plus nombreux à faire eux-mêmes des signalements. Ce fut, par exemple, le point de départ d’une enquête préliminaire menée par la PJ de Rennes depuis octobre 2020, après un signalement de l’ARS. Deux femmes, qui se prévalaient d’avoir fait une formation diplômante de quelques jours auprès d’un médecin russe, sont soupçonnées d’avoir pratiqué, en l’espace de quelques mois, près de 1.000 injections de botox ou acide hyaluronique en Bretagne, mais également dans la région parisienne et en Suisse.
Les injections, qui se pratiquaient souvent au domicile des clientes, étaient là encore proposées à des prix défiants toute concurrence. « Le tarif que nous proposons en cabinet est également lié à la qualité des produits injectés, tous ne se valent pas », insiste Dr Catherine Bergeret-Galley. L’enquête étant sur le point de se terminer, une décision sera prise prochainement sur d’éventuelles poursuites devant le tribunal correctionnel, précise le parquet. L’exercice illégal de la médecine est punissable de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.
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