Chirurgie et médecine esthétiques : la fin d'un tabou en Haute-Vienne ? – lepopulaire.fr

Publié le 03/08/2022 à 11h55
Helene POMMIER
« En août 2020, j’ai fait mes premières injections d’acide hyaluronique pour combler mes cernes. On me disait sans arrêt que j’avais l’air fatigué, alors que je dors bien et que j’ai une bonne hygiène de vie… Depuis, tout le monde, que les personnes soient au courant ou non, trouve que j’ai bonne mine. »
Après avoir longtemps critiqué la médecine et la chirurgie esthétiques, Valérie, 41 ans, a changé d’avis. Cette habitante de Limoges s’est aussi fait poser des prothèses mammaires, en 2021. « Depuis l’adolescence, je me trouvais trop plate, mais j’ai attendu d’avoir mes deux enfants… »
Des années de réflexion, puis la décision de « sauter le pas » afin de régler un vieux complexe : avec l’évolution des mentalités, les réticences sont plus facilement levées. « J’ai parlé de mon opération à mon entourage, mais pas à mes collègues de travail », confie Valérie, qui se dit « assez libérée sur le sujet ».
Une jolie poitrine, des traits rajeunis, ou encore un ventre plat, des fesses galbées… Comme ailleurs en France – où les actes de chirurgie esthétique ont bondi de 20 % en 2020 (*) –, le recours aux interventions médicales se banalise en Haute-Vienne.
Après des années de souffrance mentale, Alison a opté pour la chirurgie esthétique à Limoges
Impossible néanmoins d’avoir des statistiques fiables. Mais de plus en plus de patients, en majorité des femmes soucieuses d’améliorer leur apparence, se lancent. Notamment par des actes non invasifs (injections, radiofréquence, laser) : la seringue ou les ondes sont largement préférées au bistouri…
« Médecine et chirurgie esthétiques sont pourtant complémentaires, car certaines corrections ne peuvent pas être traitées autrement que par la chirurgie », affirme Marc Leandris, chirurgien plasticien à la clinique des Émailleurs, à Limoges.
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« La chirurgie fait un peu peur comparée à la médecine esthétique », constate Nicolas Isola, chirurgien plasticien nouvellement installé dans la même structure. « La médecine esthétique rassure. Elle connaît un boum depuis plusieurs années, accéléré par la crise du Covid (lire ci-dessous). »
Si 80 à 90 % de la demande est formulée par des femmes, la gent masculine n’est pas en reste, mais assume moins : « Ici, contrairement aux grandes villes, la chirurgie est encore un peu taboue pour les hommes, ils ont presque un peu honte d’en parler autour d’eux », indique le docteur Isola.
Cette demande n’est pas l’apanage des personnes d’âge mûr. « J’ai de plus en plus de jeunes patientes, dans les 20 ou 30 ans », explique Marc Leandris, en exercice depuis 1997. « Toutes les tranches d’âge consultent. Les filles viennent accompagnées de leurs mères qui, à leur âge, n’avaient pas osé faire la démarche : pour une réduction mammaire par exemple », développe Nicolas Isola.

« Toutes les couches sociales s’y intéressent. Cela s’est démocratisé. »
Marc Leandris (Chirurgien plasticien à Limoges)
De la tête aux pieds, aucune partie du corps n’y échappe. 
D’après Marc Leandris, « la demande à Limoges ne diffère pas de ce qui se fait ailleurs… » À des nuances près : « Selon les régions, la taille moyenne des implants mammaires varie », précise le docteur Isola. »
Et d’indiquer des différences culturelles dans le rapport au changement d’apparence : « Aux États-Unis et au Brésil, il faut que ça se voit ; en Europe, c’est plus modéré. Et en Haute-Vienne, ça se veut discret. Les demandes excessives, qui relèvent du fantasme ou de la consommation, sont exceptionnelles. De rares patientes viennent presque avec une “liste de courses” et il faut les freiner, leur faire prendre conscience du danger ou de l’inexistence du problème. Tout ne peut être réglé par la chirurgie esthétique. »
Les images et les récits des ratés ne manquent pas sur le web. « Dans toute chirurgie, il y a un risque de complications. Le suivi post-opératoire est très important et il faut aussi accepter que la cicatrisation prenne du temps », indique Nicolas Isola, qui dénonce les forfaits proposés à l’étranger, plus avantageux financièrement, mais aux conséquences parfois désastreuses. Pour éviter toute déconvenue, mieux vaut donc rester en France et solliciter des médecins.
Car côté médecine esthétique, outre les chirurgiens, les dermatologues et généralistes se partagent un marché qui aiguise les appétits d’individus peu scrupuleux.
Depuis début 2022, l’Agence nationale de sécurité du médicament a reçu une quarantaine de déclarations d’effets indésirables suite à des injections d’acide hyaluronique, visant à combler les rides ou à modifier le volume corporel, réalisées en France par des personnes « non autorisées ». Mais aucun signalement localement.
Au CHU de Limoges, on utilise du Botox® pour soigner la migraine chronique
À partir de 285 euros les injections de toxine botulique, 350 euros celles avec de l’acide hyaluronique ; dès 4.100 euros la pose de prothèses au niveau des seins et 4.200 au niveau des fesses ; 5.500 euros le lifting du visage et du cou ; 1.500 euros la reprise de la paupière supérieure : voici quelques exemples du coût minimum d’actes et d’opérations parmi les plus demandés en Haute-Vienne.
« En France, on est habitué à ce que la santé soit prise en charge… Là, c’est rarement le cas », rappelle Marc Leandris. De quelques centaines à des milliers d’euros, médecine et chirurgie esthétiques, considérées comme des actes de confort, sont donc souvent perçues comme un « cadeau » que l’on s’offre. Valérie avait ainsi économisé 4.500 € pour ses implants mammaires et a déboursé entre 600 et 800 € pour ses injections.
Ophélie, 34 ans, qui a perdu 70 kilos, a pu bénéficier, après accord de l’Assurance maladie, de la prise en charge de trois opérations au CHU de Limoges : pour l’excès de peau au niveau du ventre en 2015, des cuisses en 2018, des hanches et de l’arrière du dos en 2022. « J’aurais besoin de faire la poitrine, mais ça serait à mes frais, et je n’ai pas les moyens. »
Le remboursement ou non par la Sécurité sociale différencie en effet la chirurgie réparatrice de la chirurgie purement esthétique.
L’engouement se poursuivra-t-il ? Dans le contexte économique actuel, les laboratoires auraient constaté un recul de leur chiffre d’affaires sur l’acide hyaluronique, mais pas sur le Botox® qui se maintient. Amputé par l’inflation, le portefeuille des patients mettra-t-il entre parenthèses cette quête esthétique ?
(*) Source : Syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique.
Quand l’écran supplante le miroir

C’est une conséquence inattendue de la crise sanitaire et du développement du télétravail. L’usage accru des réseaux sociaux et de la visioconférence a déclenché une hausse de la demande d’actes de médecine esthétique.

« L’écran joue sur la façon de se voir, confirme le chirurgien Marc Leandris. De même, le port du masque, en ne montrant que le haut du visage, a augmenté le recours aux interventions au niveau de la paupière, des yeux et du front. »

Une tendance constatée chez des actifs, qui se retrouve chez les jeunes générations par d’autres biais. Les filtres pour les selfies sur Instagram et le rôle des influenceuses ont modifié la demande. « Parfois, certains jeunes patients sont plus directs. Ils présentent une image sur leur portable : “je veux ça”… Et il faut savoir modérer certaines demandes, énoncées en fonction d’une mode », analyse le docteur Isola, installé à la Polyclinique de Limoges.
Texte : Hélène Pommier
Photos : Stéphane Lefèvre

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