Ma vie avec Liberace, le plus beau rôle gay de Matt Damon – Exit Mag – Exit Mag

Arte diffuse gratui­te­ment Ma Vie avec Libe­race de Steven Soder­bergh, adapté des mémoires de l’an­cien amant gay de Libe­race, pianiste star de Las Vegas. Avec un Matt Damon excep­tion­nel.
Adapté des mémoires de Scott Thor­son, jeune cali­for­nien tombé sous le charme d’un Richard Clay­der­man sexa­gé­naire de Las Vegas, Ma Vie avec Libe­race est tout sauf un biopic. De façon insi­dieuse, Soder­bergh n’ac­corde jamais le moindre crédit à ce pianiste méca­nique. On ne le verra d’ailleurs jamais répé­ter. Il le prend pour ce qu’il est : une image de strass dans son “palace kitch”, aliéné par le succès jusque chez lui, enchaî­nant les liftings pour repous­ser l’âge de le retraite. Le person­nage qui l’in­té­resse, c’est l’autre, ce Scott planqué “derrière le candé­labre” (titre origi­nal du film), amant tenu secret pour ne pas effrayer un public bien-pensant, se mettant au régime cali­for­nien des para­dis arti­fi­ciels pour oublier qu’il court après une chimère.
C’est une toute autre méca­nique que le piano qui inté­resse Soder­bergh, celle d’une tragé­die maquillée sous le plus luxu­riant déco­rum, une histoire d’amour écra­sée par la puis­sance du succès. Pour la filmer, il va utili­ser l’arme suprême : le cadrage ironique. Soder­bergh a toujours été Hawk­sien, filmant tous les genres sans jamais vouloir impo­ser un style par trop recon­nais­sable. Ici, s’amu­sant une superbe photo irisée de porno soft, il pratique, impas­sible, le détail qui tue. La très belle rencontre entre Lee et Scott a lieu derrière la moue de l’an­cien giton de Lee au premier plan, posi­tion dans laquelle on retrou­vera Scott à la fin du film. Un gros plan sur les pantoufles dorées de Libe­race pendant qu’il cause anéan­tit la moindre sincé­rité du person­nage, et lorsque l’an­cien homme de maison fait savoir à Scott qu’il était là avant lui, Soder­bergh cadre son entrejambe de dos, rame­nant cette histoire à ce qu’elle est : une sordide affaire de fesses. La tragé­die annon­cée galope à un rythme de comé­die, et c’est le piano boogie virtuose de Libe­race qui accom­pagne les opéra­tions de chirur­gie esthé­tique à répé­ti­tion des deux amants, comme pour mieux les suivre dans leur course à l’abîme.
Behind the Cande­la­bra est une tragi-comé­die limpide appliqué au sujet le plus tordu qui soit : la faus­seté d’un couple en négo­cia­tion perma­nente (même Scott encou­ra­gera Lee à cacher son homo­sexua­lité), piégé par son mensonge initial. L’écrin le plus flam­boyant et le plus véné­neux d’un naufrage au temps des années Sida (Rock Hudson en Une des jour­naux). Encore plus que l’épa­tant Michael Douglas fané sous la moumoute, Matt Damon, d’abord gueule d’ange, amour rentré, puis drogué à l’in­té­rio­rité rava­gée, pataud et meur­tri, traverse le film comme une étoile filant tout droit du placard au tombeau. Le film, c’est lui.
Ma vie avec Libe­race (Behind the cande­la­bra, 2013, Etats-Unis, 1h58) avec Matt Damon, Michael Douglas, Dan Ackroyd, Rob Lowe, Paul Reiser, Debbie Reynolds… Mercredi 17 août à 20h55 sur Arte et en replay.

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