Pourquoi devient-on accro à la chirurgie esthétique ? – Le Télégramme




D.O-B : Nous ne sommes pas tous égaux face aux addictions. Certains vont développer beaucoup plus facilement un rapport obsessionnel aux choses, à un produit ou une substance. Dans le cas de l’addiction à la chirurgie esthétique, il s’agit de personnes qui ont l’illusion que les interventions vont les aider à améliorer leur physique, à atteindre l’image parfaite qu’ils souhaitent renvoyer. Petit à petit, se crée un décalage entre leur apparence physique réelle, et l’image qu’ils se font d’eux-mêmes : c’est la dysmorphophobie.
C’est très insidieux, car ces personnes vont toujours les légitimer leurs opérations et justifier combien elles sont nécessaires, mais ça ne s’arrête jamais. Soit elles vont trouver d’autres parties de leur corps à modifier, soit elles vont se focaliser encore et encore sur une seule, comme, le nez.
Cette addiction renvoie à un manque d’estime de soi : on veut réussir à être content de soi, réussir à atteindre l’image parfaite que l’on veut renvoyer aux autres. C’est un trouble qui ne peut pas être décorrélé de notre rapport aux autres et à la société.
Or, aujourd’hui, la société renvoie à des critères de beauté très spécifiques : bouche pleine, cambrure marquée, formes généreuses… Mais beaucoup de femmes n’ont pas naturellement cela. Elles vont donc avoir recours à la chirurgie pour mieux correspondre à l’image de la femme dite idéale.
Depuis les années 60 et l’arrivée de la télévision, nous sommes vraiment dans une société de l’image. Avant, on voyait les stars à la télé qui véhiculaient déjà des modèles, mais elles restaient inaccessibles. Alors que maintenant, notamment avec les vedettes de la téléréalité, on voit que « madame tout le monde » peut acquérir le statut de star.
Et souvent, on voit que ce sont des personnes qui sont passées par la case chirurgie esthétique. D’ailleurs, sur internet, on peut souvent voir leur « avant/après ». Donc ça renvoie l’idée que si elles, elles ont réussi à « améliorer » leur image, alors pourquoi pas les autres. Et on peut rajouter à cela le prix des actes de chirurgie qui s’est vraiment démocratisé ces dernières années. Donc tout est fait pour encourager la chirurgie.
Les hommes commencent à être touchés par la dictature de la beauté, mais ce sont encore largement les femmes qui sont concernées. Ce sont donc elles qui développent majoritairement des addictions à la chirurgie esthétique. Dès leur plus jeune âge, elles apprennent que c’est important d’être jolie, on ne va jamais dire à un garçon qu’il est joli.
Les femmes sont beaucoup plus assujetties à leur apparence, elles sont encore souvent vues comme un objet de satisfaction visuelle du masculin.

source