Quand Instagram sert de vitrines aux chirurgiens esthétiques – La Croix

Les chirurgiens esthétiques publient sur Instagram les photos d’avant-après opération. Or, ce genre de publications sont en partie illégales.
Lecture en 2 min.
Quand Instagram sert de vitrines aux chirurgiens esthétiques
Photo d’illustration.
Ihor Pukhnatyy/puhhha – stock.adobe.com
Il y a quelques jours, pour les besoins d’un article (lien ci-dessous) sur des jeunes ayant eu recours à la chirurgie esthétique, je faisais un tour sur Instagram, espérant y trouver des adeptes. J’ai été « servie ». Sur mon écran, des dizaines et dizaines de photos se sont affichées : une poitrine avant et après implantation de prothèses mammaires (elle était plutôt menue, la voici généreuse), un nez avant et après rhinoplastie (il était un peu busqué, il est devenu parfaitement rectiligne), des ventres avant et après liposuccion (ils étaient un peu ramollos, ils sont désormais « toniques »)…
→ RÉCIT. Actives sur les réseaux sociaux, elles ont sauté le pas de la chirurgie
Des femmes de 20 ans à peine qui se font gonfler les lèvres ou réduire le tour de taille pour correspondre à une idée de la beauté souvent véhiculée par les réseaux sociaux et la téléréalité, cela interroge. Mais ce qui surprend plus encore, c’est qu’une partie de ces photos sont publiées par les chirurgiens eux-mêmes, sur des comptes Instagram qui leur servent ni plus ni moins de vitrines.
Ici, un médecin de l’ouest parisien vante les mérites de la blépharoplastie, une opération remplaçant des paupières tombantes par « un regard tout neuf ». Là, un autre loue les effets du « lip lift ». « Autrefois réservé aux lèvres allongées par l’âge », (cette technique) est plébiscitée par des patientes de plus en plus jeunes. Car rien n’est plus sexy qu’une lèvre supérieure courte (découvrant) les dents supérieures », affirme le praticien, invitant les internautes à le contacter « pour toute demande de renseignements ».
Citons encore cette chirurgienne qui pose en « selfie », sourire aux lèvres et seringue dans la main. « Prêt pour une injection d’acide hyaluronique ? », lance-t-elle en légende. Sachez qu’elle propose tout un tas d’autres prestations, de l’implantation mammaire en « dual plan » – « une opération qui donne une entière satisfaction à la majorité des patientes », promet-elle -, aux séances d’injections de botox « en 15 minutes. À vos agendas ! »
Ce genre de publications n’est pas seulement discutable d’un point de vue éthique, elles sont aussi illégales. Du moins en partie. Jusqu’à récemment, l’article 19 du Code de santé publique imposait l’interdiction « générale et absolue » de toute publicité médicale. Depuis un décret du 22 décembre 2020, les conditions ont été assouplies afin de se conformer au droit européen. Si la publicité à des fins commerciales reste prohibée, tout praticien est en droit de « communiquer » au public des informations relatives à ses « compétences et pratiques professionnelles, à son parcours professionnel et aux conditions de son exercice ».
De la communication à la publicité, la frontière est ténue… Et rapidement franchie. À lire les commentaires des abonnés, l’influence de ces photos sur leur perception de la chirurgie esthétique ne fait guère de doute. « Bravo Docteur », « Magnifique », « très beau travail », applaudissent-ils, s’enquérant qui du tarif, qui de la durée de l’intervention. La palme de la réclame à peine déguisée revient sans doute à ce chirurgien qui, via un « concours exceptionnel » organisé par ses soins, propose d’offrir à six internautes un ticket pour une consultation de chirurgie esthétique dans son cabinet. De la publicité ? Mais non, une simple tombola !
Vous devez être connecté afin de pouvoir poster un commentaire
Déjà inscrit sur
la Croix ?
Pas encore
abonné ?
Cahier Sciences et éthique
On m’appelait Louis, je suis une femme
Une carte pour éviter les piqûres de tiques
Cancers professionnels, une « épidémie » invisible
Tortue géante des Galapagos cherche compagnon
« L’exposition des femmes aux cancers professionnels est sous-estimée »
Mieux repérer les cancers professionnels
Prévenir les inondations et récupérer l’eau, les bonnes idées du concours Science Factor
« Notre père à tous », origines (in)contrôlées
« Une mémoire de mammouth », la vie du paléontologue Yves Coppens

source